Vérifier mon décompte

Vérifier son décompte de charges : 8 points à contrôler

Il arrive une fois par an : le décompte de charges. Souvent avec un solde à payer, rarement avec une explication. Pourtant, des règles claires définissent ce qu’une régie peut facturer en Suisse. Avec ces huit points, vous vérifiez votre décompte vous-même.

L’essentiel en bref

  • Vous ne devez les frais accessoires que s’ils ont été convenus spécialement dans le bail (art. 257a al. 2 CO).
  • Seuls les frais effectifs peuvent être facturés, pas les réparations ni les rénovations.
  • Vous avez le droit de consulter les pièces justificatives (art. 257b al. 2 CO).
  • Le délai de 30 jours souvent cité n’est pas légal. Les montants payés en trop peuvent généralement être réclamés plus tard.
Sommaire
  1. 1. Le poste figure-t-il dans le bail ?
  2. 2. Les réparations et rénovations n’y ont pas leur place
  3. 3. Uniquement les frais effectifs
  4. 4. Chauffage et eau chaude en détail
  5. 5. La clé de répartition est-elle juste ?
  6. 6. Acomptes et période de décompte
  7. 7. Erreurs de calcul
  8. 8. Forfait plutôt que décompte ?
  9. Consulter les pièces justificatives : votre droit
  10. Jusqu’à quand pouvez-vous contester ?
  11. Comment procéder

1. Le poste figure-t-il dans le bail ?

Le principe le plus important d’abord : vous ne devez payer les frais accessoires que si cela a été convenu spécialement avec le bailleur (art. 257a al. 2 CO). Chaque poste doit être mentionné concrètement dans le bail ou dans une annexe. Une formule comme « frais accessoires généraux » ne suffit pas.

Si un poste ne figure pas dans le bail, il est compris dans le loyer. Exemples typiques : entretien du jardin, service de l’ascenseur ou raccordement au câble, qui apparaissent dans le décompte sans être prévus dans le bail.

Conseil Posez le bail et le décompte côte à côte et cochez chaque poste qui figure dans le bail. Ce qui reste est votre premier candidat à une contestation.

2. Les réparations et rénovations n’y ont pas leur place

Les frais accessoires rémunèrent des prestations liées à l’usage du logement, comme le chauffage, l’eau chaude ou la conciergerie (art. 257b al. 1 CO). Les réparations et l’entretien de l’immeuble n’en font pas partie ; ils sont couverts par le loyer.

Pour le chauffage et l’eau chaude, l’ordonnance le dit expressément : la réparation et la réfection des installations ainsi que le service de l’intérêt et l’amortissement ne peuvent pas être facturés (art. 6 OBLF). Une nouvelle pompe de chauffage ou un nouveau chauffe-eau n’a donc rien à faire dans le décompte de charges.

3. Uniquement les frais effectifs

Seules les dépenses effectives du bailleur peuvent être facturées (art. 257b al. 1 CO). Les majorations ou les estimations sans fondement ne sont pas admises.

Pour l’établissement du décompte, la régie peut facturer des frais d’administration, selon les dépenses effectives ou jusqu’à concurrence des taux usuels (art. 4 al. 3 OBLF). Un taux nettement plus élevé que d’habitude mérite une question.

4. Chauffage et eau chaude en détail

Les frais de chauffage sont souvent le poste le plus important. Entrent notamment en ligne de compte selon l’art. 5 OBLF :

  • le combustible et l’énergie consommés
  • l’électricité pour les brûleurs et les pompes
  • le nettoyage de l’installation de chauffage et de la cheminée
  • la révision périodique de l’installation et le détartrage de l’installation d’eau chaude
  • le relevé et le décompte individuel des frais de chauffage
  • la maintenance et le travail administratif lié au chauffage
  • les primes d’assurance qui se rapportent exclusivement au chauffage

Pour les logements non loués : leurs frais de chauffage sont en principe à la charge du bailleur (art. 7 OBLF). Si un appartement de l’immeuble est resté vide longtemps, cela doit apparaître dans la répartition.

5. La clé de répartition est-elle juste ?

Les frais totaux sont répartis entre les logements selon une clé, par exemple la surface, le volume ou la consommation mesurée. Cette clé doit être compréhensible et adéquate. Vérifiez si votre part en pour cent ou en mètres carrés est correcte et si elle a changé par rapport à l’année précédente. Une comparaison avec les voisins ne suffit pas.

Si le bailleur veut modifier la clé à votre détriment, il doit vous le notifier sur la formule officielle, comme une hausse de loyer (art. 269d al. 3 CO).

6. Acomptes et période de décompte

Le bailleur qui perçoit des acomptes doit établir un décompte au moins une fois par an (art. 4 al. 1 OBLF). Vérifiez que la période suit sans interruption le décompte précédent et que tous vos acomptes ont été déduits, y compris celui du dernier mois.

Le bailleur ne peut pas introduire de nouveaux frais accessoires de son propre chef. Il doit les notifier sur la formule officielle (art. 269d al. 3 CO).

7. Erreurs de calcul

Cela paraît évident, mais arrive : des totaux qui ne jouent pas, des montants mal reportés ou des pourcentages qui ne correspondent pas au total. Refaites le calcul du total et de votre part, et comparez avec le décompte de l’année précédente. Les nouveaux postes et les grandes variations sautent alors aux yeux.

8. Forfait plutôt que décompte ?

Certains baux prévoient un forfait. Il n’y a alors ni décompte annuel ni remboursement. Le forfait doit toutefois se fonder sur la moyenne de trois ans (art. 4 al. 2 OBLF). S’il vous semble trop élevé, vous pouvez demander sur quoi il repose.

Consulter les pièces justificatives : votre droit

Le bailleur doit, à votre demande, vous permettre de consulter les pièces justificatives (art. 257b al. 2 CO). Pour le chauffage, vous pouvez consulter les pièces originales et demander l’état des stocks de combustible au début et à la fin de la période (art. 8 al. 2 OBLF).

La consultation a généralement lieu auprès de la régie ; vous pouvez prendre des photos ou faire des copies à vos frais. Beaucoup de régies envoient aussi des copies par e-mail sur demande.

Jusqu’à quand pouvez-vous contester ?

Beaucoup de baux demandent des objections dans les 30 jours. Ce délai est contractuel, pas légal. Vous pouvez contester des postes même après.

Si vous avez trop payé, le remboursement se fonde en règle générale sur l’enrichissement illégitime. Cette prétention se prescrit par trois ans à compter du jour où vous en avez eu connaissance, mais au plus tard dix ans après sa naissance (art. 67 CO). D’autres délais peuvent s’appliquer selon la situation ; faites-vous conseiller dans votre cas.

À l’inverse, la créance du bailleur pour des charges impayées se prescrit par cinq ans dès la fin de la période de décompte.

Comment procéder

  1. Posez le bail, le décompte et celui de l’année précédente côte à côte et vérifiez chaque poste.
  2. Contestez par écrit les postes douteux, de préférence par lettre recommandée. Nommez les postes, demandez à consulter les pièces justificatives et fixez un délai raisonnable.
  3. Payez la part non contestée pour ne pas être en demeure.
  4. Sans accord, vous pouvez saisir l’autorité de conciliation en matière de baux. La procédure de conciliation ne coûte pas de frais judiciaires pour les baux d’habitation (art. 113 al. 2 CPC).

Sources

  1. Code des obligations (CO), art. 67, 257a, 257b, 269d
  2. Ordonnance sur le bail à loyer et le bail à ferme d’habitations et de locaux commerciaux (OBLF), art. 4 à 8
  3. Code de procédure civile (CPC), art. 113
  4. ASLOCA Neuchâtel : Décompte de charges, qu’en faire ?

Sebastian BöhnerExpert diplômé en présentation des comptes et controlling, propriétaire de SEBONA Treuhand Böhner

Ce guide ne remplace pas un conseil juridique. En cas de doute, l’ASLOCA ou l’autorité de conciliation en matière de baux peuvent vous aider.